Tensions internes dans la gauche abertzale

Par Ellande Duny-Pétré | Publié : 12/05/2016

 

Ellande Duny-Pétré

Educateur. Engagé dans le mouvement abertzale depuis le Procès de Burgos. Responsable de la chronique Hegoalde dans Enbata.

 

La manifestation du 17 avril Bilbao a été un succès indéniable. Elle a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de participants et avait pour but essentiel de recoller les morceaux en remettant en avant la vieille revendication de l’amnistie : « Amnistiaren bidean, preso eta iheslariak etxera », sur le chemin de l’amnistie, pour le retour à la maison des prisonniers et des exilés, tel était l’intitulé de la banderole de tête.

 

Une bonne partie des preso manifeste son désaccord avec la nouvelle ligne politique mise en œuvre par ETA et Sortu : ceux-ci leur proposent d’accepter la formule de réinsertion individuelle imposée par les autorités espagnoles. La gauche abertzale fait tout pour éviter une scission.

L’ «accord» du 12 janvier (1) a du mal à passer. Il s’agit de la transaction pénale qui a permis à 35 militants et dirigeants indépendantistes, dont Aurore Martin et Haizpea Abrisketa, d’éviter la prison. Cette formule a une contrepartie : ils acceptent la démarche de réinsertion individuelle exigée par l’administration pénitentiaire, doivent assumer leur responsabilité personnelle pour leurs actes commis dans le cadre de leur activité au sein d’ETA, reconnaître les torts causés aux victimes et s’engager à les indemniser, enfin renoncer à l’usage de la violence.

Cette formule a durant des décennies été rejetée par le collectif des preso, ETA et l’ensemble de la gauche abertzale. Mais aujourd’hui, autres temps, autres mœurs. La guerre est finie. Le silence définitif des armes sans contrepartie politique (reconnaissance du droit à l’autodétermination et réunification de la nation basque), est acté depuis 2011. La conférence internationale d’Aiete n’aboutit à rien et Podemos passe devant EH Bildu aux dernières élections. Et pour ne pas « désespérer Billancourt », oublions l’alternative KAS qui fut pendant si longtemps l’alpha et l’omega de ce combat… Pendant des années, le mouvement de libération nationale basque a demandé à ses troupes de tenir un quart d’heure de plus, de rejeter le voie Nanclares (2), c’est-à-dire de refuser les propositions de réinsertion individuelle, au risque de se faire exclure du collectif des preso. Tout abertzale comprendra aisément combien la pilule est aujourd’hui difficile à avaler pour ceux qui, impliqués dans ces combats, ont cru gagner par leur intransigeance.

Sur les 400 prisonniers politiques basques actuels, une centaine pourrait sortir de prison s’ils acceptent les conditions de cet «accord» imposé par l’Espagne. Environ deux cents prisonniers ont été «jugés» et condamnés depuis 2003, sur la base du nouveau code pénal qui exige un minimum de 40 ans d’incarcération. Pour eux, la formule de l’ «accord» ne s’applique pas. 95% des 400 preso ont le statut le plus dur, prisonnier de 1er degré : ils ne bénéficient d’aucun aménagement de peine et la politique espagnole de dispersion et d’éloignement s’acharne sur eux. Bien entendu, les Espagnols jouent sur ces différences de statuts pour installer la division au sein d’un collectif de prisonniers qui est resté cohérent contre vents et marées depuis des décennies.

Otegi accusé dans son propre camp

Entre deux maux, il faut choisir le moindre. Sortu et ETA proposent à ces femmes et à ces hommes de faire malgré tout les démarches nécessaires et donc de rompre avec la ligne sur laquelle ils se sont battus : le refus de reconnaître la «légalité» et l’ordre judiciaire espagnols. Le 14 avril, soit trois après « l’accord » du 12 janvier, seulement cinq militants ont accepté de signer un « accord » équivalent pour éviter la prison. Quelques semaines plus tôt, un communiqué du collectif des preso basques se démarque de la demande de Sortu en lançant une semaine d’action de protestation dans les prisons. Cela malgré l’appel de 700 ex-prisonniers à la mi-mars à Usurbil, qui ont déclaré : «Avoir recours à la législation et au règlement pénitentiaire n’enlève rien ni au caractère militant d’un preso, ni au courage et à la valeur de son parcours». Le gouvernement autonome basque collabore avec Harrera pour préparer la sortie des preso dans les meilleures conditions possibles en termes d’emploi, de santé et de logement, afin d’éviter les situations d’exclusion.

Le groupe dissident ATA (Amnistia ta Askatasuna) poursuit son action. Le 20 avril, un de ses leaders vient à nouveau de reprocher publiquement à Sortu, à ETA et au collectif des preso EPPK de renoncer à l’amnistie et aux mobilisations de rue. Il accuse Arnaldo Otegi d’avoir employé dans une conférence de presse le mot «terroriste» pour qualifier l’activité d’ETA. Quelques jours plus tôt, le 13 avril, le «mouvement pour l’amnistie et contre la répression» ATA envoie à chacun des 400 preso une lettre où il leur demande de rejeter la formule des demandes de sorties individuelles et met en avant l’amnistie, «instrument essentiel qui maintient la dimension politique de ce conflit». C’est en juin 2015 que ce secteur critique s’est manifesté avec une lettre signée par 93 ex-preso d’ETA. Le 28 novembre, il rassemblait environ 3000 manifestants dans les rues de Bilbao. S’il persiste, ATA peut faire quelques dégâts. Mais il ne propose pas véritablement de stratégie alternative, si ce n’est la poursuite d’une démarche qui a montré ses limites et a échoué. C’est là sans doute sa plus grande faiblesse.

Kubati, Kantauri, Olano en première ligne

Le 14 avril, un texte interne d’ETA publié par le quotidien indépendantiste Gara apporte son soutien à la position de Sortu et désavoue le groupe Amnistia ta Askatasuna. En plein débat interne, Sortu admet qu’une tentative de scission et des attitudes de sabotage sont l’oeuvre en son sein, de la part des plus radicaux, claire allusion à ATA. L’enjeu de ce débat appelé Abian est donc considérable. Il s’agit rien moins pour la gauche abertzale que de reconstruire son unité, tout en changeant de culture politique de schéma, de modes d’organisation et de direction, conformément à ce qu’Arnaldo appelait de ses vœux dès octobre 2014, au fond de sa prison.

La manifestation du 17 avril Bilbao a été un succès indéniable. Elle a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de participants et avait pour but essentiel de recoller les morceaux en remettant en avant la vieille revendication de l’amnistie : «Amnistiaren bidean, preso eta iheslariak etxera », sur le chemin de l’amnistie, pour le retour à la maison des prisonniers et des exilés, tel était l’intitulé de la banderole de tête. Le défilé était conduit par quelques ex-preso emblématiques, comme Anton Lopez Ruiz «Kubati», condamné pour avoir tué Yoyes. L’ex-dirigeant d’ETA Josetxo Arrizkuren «Kantauri» a envoyé un message depuis sa prison et l’ancien leader des Gestoras pro-amnistia Juan Maria Olano ont également soutenu la ligne officielle de Sortu et d’ETA.

Arnaldo Otegi a repris ses activités politiques après quelques semaines de repos et multiplie ses interventions. Il a parfaitement compris d’où vient le danger. Pour le leader indépendantiste, «l’Etat utilise les preso pour bloquer le processus indépendantiste». Il «n’a en rien intérêt à ce qu’ETA annonce sa dissolution et préfère la situation de blocage». Certains secteurs de l’Etat «préfèreraient qu’ETA continue à tuer et que demain, il reprenne ses activités».

Les medias espagnols se font un plaisir de monter en épingle les demandes de pardon d’Idoia Lopez Riano, alias «La tigresse», militante d’ETA, membre du commando Madrid et accusée de 23 assassinats dont une douzaine de gardes civils et un membre du GAL. En novembre 2011, Idoia Lopez Riano fut expulsée du collectif EPPK pour avoir accepté la formule de la réinsertion individuelle appelée voie Nanclares (2). Comme par hasard les 13 et 14 avril, les excuses de celle qui achève ses trente ans de prison en 2017, ont envahi les colonnes la presse. Une mise en scène pathétique qui n’a pour but que de l’humilier et d’aiguiser les contradictions dans le camp abertzale. Les Espagnols se réjouissent de ces dissensions qui sont comme le couronnement de la répression exercée depuis des années sur le noyau dur de l’indépendantisme qu’ils veulent briser.

Maintenir la pression, faire taire les opinions dissidentes

Ils ne lachent rien. Le politiquement correct doit s’appliquer partout dans toute sa rigueur. La garde civile comme l’Audiencia nacional font la chasse à ceux qui osent glorifier la lutte armée ou prônent l’usage de la violence, en particulier sur les réseaux sociaux. Le 13 avril, 14 personnes ont été arrêtées. Comme une menace et une petite piqûre de rappel. La loi d’Aznar faite pour interdire une formation politique qui soutiendrait la violence, pèse toujours de tout son poids.

Un magistrat de l’Audiencia nacional, Ricardo de Prada a eu le malheur de déclarer à la mi-avril lors d’une table ronde organisée à Tolosa «qu’il y a eu clairement des tortures» en Espagne, «dans ma vie professionnelle, j’ai fortement soupçonné que les tribunaux n’apportent pas à ces faits une réponse qui soit celle d’un Etat de droit». Mal lui en a pris ! Gros émoi du côté des syndicats de gardes civils et du ministre de l’Intérieur Jorge Fernandez Diaz. Il demande une sanction de la part du Conseil général du Pouvoir judiciaire à l’encontre de ce magistrat.

Le 22 avril, l’Audiencia nacional lance des poursuites à l’encontre de 47 Basques, dont Emilie Martin, Haizpea Abrisketa et plusieurs avocats, ils les accusent d’avoir collaboré avec Euskadi Ta Askatasuna. Six jours plus tars, le sénateur EH Bildu, Iñaki Goioaga est convoqué par la Cour suprême pour ses liens avec ETA. Il lui est reproché en tant qu’avocat d’avoir transmis à des preso les consignes politiques émanant de l’organisation armée et doit verser une caution de 6000 euros. Près de cinq ans après le silence des armes, la maintien de la pression et du statu quo les arrange terriblement.

Dans le cadre d’une tournée européenne où il a rencontré plusieurs participants de la conférence d’Aiete, Arnaldo Otegi était invité au siège du Parlement européen le 26 avril. Il y a rencontré des députés de la Gauche verte nordique (GUE/NGI). Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy a vigoureusement protesté contre la présence du leader basque dans une institution européenne. Vingt-deux députés PP-Ciudadanos et UPyD ont exigé son éviction des locaux de l’assemblée et cela a même donné lieu à une bronca dans l’hémicycle. Ces élus ont rappelé son passé « terroriste » et ont comparé ETA aux Djihadistes, auteurs d’attentats à Bruxelles.

Le blocage auquel est confronté la classe politique espagnole qui ne parvient pas à se mettre d’accord et élire un nouveau gouvernement, ne change guère la donne. Cela conforte peut-être même l’immobilisme, faute d’interlocuteur légitime. Mais n’enlève rien à la nécessité pour la gauche abertzale de sortir de son impasse, de tourner la page au plus tôt. Il est plus difficile de finir une guerre que de la poursuivre.

(1) Voir Enbata n°2305.

(2) Du nom de la prison de Nanclares de Oca située au sud de l’Araba, où se trouvent incarcérés les quelques prisonniers basques qui ont accepté ces conditions.

 

Tensions internes dans la gauche abertzale

Par Ellande Duny-Pétré | Publié : 12/05/2016

 

 

 

 

 

Ellande Duny-Pétré

Educateur. Engagé dans le mouvement abertzale depuis le Procès de Burgos. Responsable de la chronique Hegoalde dans Enbata.

 

La manifestation du 17 avril Bilbao a été un succès indéniable. Elle a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de participants et avait pour but essentiel de recoller les morceaux en remettant en avant la vieille revendication de l’amnistie : « Amnistiaren bidean, preso eta iheslariak etxera », sur le chemin de l’amnistie, pour le retour à la maison des prisonniers et des exilés, tel était l’intitulé de la banderole de tête.

 

Une bonne partie des preso manifeste son désaccord avec la nouvelle ligne politique mise en œuvre par ETA et Sortu : ceux-ci leur proposent d’accepter la formule de réinsertion individuelle imposée par les autorités espagnoles. La gauche abertzale fait tout pour éviter une scission.

L’ «accord» du 12 janvier (1) a du mal à passer. Il s’agit de la transaction pénale qui a permis à 35 militants et dirigeants indépendantistes, dont Aurore Martin et Haizpea Abrisketa, d’éviter la prison. Cette formule a une contrepartie : ils acceptent la démarche de réinsertion individuelle exigée par l’administration pénitentiaire, doivent assumer leur responsabilité personnelle pour leurs actes commis dans le cadre de leur activité au sein d’ETA, reconnaître les torts causés aux victimes et s’engager à les indemniser, enfin renoncer à l’usage de la violence.

Cette formule a durant des décennies été rejetée par le collectif des preso, ETA et l’ensemble de la gauche abertzale. Mais aujourd’hui, autres temps, autres mœurs. La guerre est finie. Le silence définitif des armes sans contrepartie politique (reconnaissance du droit à l’autodétermination et réunification de la nation basque), est acté depuis 2011. La conférence internationale d’Aiete n’aboutit à rien et Podemos passe devant EH Bildu aux dernières élections. Et pour ne pas « désespérer Billancourt », oublions l’alternative KAS qui fut pendant si longtemps l’alpha et l’omega de ce combat… Pendant des années, le mouvement de libération nationale basque a demandé à ses troupes de tenir un quart d’heure de plus, de rejeter le voie Nanclares (2), c’est-à-dire de refuser les propositions de réinsertion individuelle, au risque de se faire exclure du collectif des preso. Tout abertzale comprendra aisément combien la pilule est aujourd’hui difficile à avaler pour ceux qui, impliqués dans ces combats, ont cru gagner par leur intransigeance.

Sur les 400 prisonniers politiques basques actuels, une centaine pourrait sortir de prison s’ils acceptent les conditions de cet «accord» imposé par l’Espagne. Environ deux cents prisonniers ont été «jugés» et condamnés depuis 2003, sur la base du nouveau code pénal qui exige un minimum de 40 ans d’incarcération. Pour eux, la formule de l’ «accord» ne s’applique pas. 95% des 400 preso ont le statut le plus dur, prisonnier de 1er degré : ils ne bénéficient d’aucun aménagement de peine et la politique espagnole de dispersion et d’éloignement s’acharne sur eux. Bien entendu, les Espagnols jouent sur ces différences de statuts pour installer la division au sein d’un collectif de prisonniers qui est resté cohérent contre vents et marées depuis des décennies.

Otegi accusé dans son propre camp

Entre deux maux, il faut choisir le moindre. Sortu et ETA proposent à ces femmes et à ces hommes de faire malgré tout les démarches nécessaires et donc de rompre avec la ligne sur laquelle ils se sont battus : le refus de reconnaître la «légalité» et l’ordre judiciaire espagnols. Le 14 avril, soit trois après « l’accord » du 12 janvier, seulement cinq militants ont accepté de signer un « accord » équivalent pour éviter la prison. Quelques semaines plus tôt, un communiqué du collectif des preso basques se démarque de la demande de Sortu en lançant une semaine d’action de protestation dans les prisons. Cela malgré l’appel de 700 ex-prisonniers à la mi-mars à Usurbil, qui ont déclaré : «Avoir recours à la législation et au règlement pénitentiaire n’enlève rien ni au caractère militant d’un preso, ni au courage et à la valeur de son parcours». Le gouvernement autonome basque collabore avec Harrera pour préparer la sortie des preso dans les meilleures conditions possibles en termes d’emploi, de santé et de logement, afin d’éviter les situations d’exclusion.

Le groupe dissident ATA (Amnistia ta Askatasuna) poursuit son action. Le 20 avril, un de ses leaders vient à nouveau de reprocher publiquement à Sortu, à ETA et au collectif des preso EPPK de renoncer à l’amnistie et aux mobilisations de rue. Il accuse Arnaldo Otegi d’avoir employé dans une conférence de presse le mot «terroriste» pour qualifier l’activité d’ETA. Quelques jours plus tôt, le 13 avril, le «mouvement pour l’amnistie et contre la répression» ATA envoie à chacun des 400 preso une lettre où il leur demande de rejeter la formule des demandes de sorties individuelles et met en avant l’amnistie, «instrument essentiel qui maintient la dimension politique de ce conflit». C’est en juin 2015 que ce secteur critique s’est manifesté avec une lettre signée par 93 ex-preso d’ETA. Le 28 novembre, il rassemblait environ 3000 manifestants dans les rues de Bilbao. S’il persiste, ATA peut faire quelques dégâts. Mais il ne propose pas véritablement de stratégie alternative, si ce n’est la poursuite d’une démarche qui a montré ses limites et a échoué. C’est là sans doute sa plus grande faiblesse.

Kubati, Kantauri, Olano en première ligne

Le 14 avril, un texte interne d’ETA publié par le quotidien indépendantiste Gara apporte son soutien à la position de Sortu et désavoue le groupe Amnistia ta Askatasuna. En plein débat interne, Sortu admet qu’une tentative de scission et des attitudes de sabotage sont l’oeuvre en son sein, de la part des plus radicaux, claire allusion à ATA. L’enjeu de ce débat appelé Abian est donc considérable. Il s’agit rien moins pour la gauche abertzale que de reconstruire son unité, tout en changeant de culture politique de schéma, de modes d’organisation et de direction, conformément à ce qu’Arnaldo appelait de ses vœux dès octobre 2014, au fond de sa prison.

La manifestation du 17 avril Bilbao a été un succès indéniable. Elle a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de participants et avait pour but essentiel de recoller les morceaux en remettant en avant la vieille revendication de l’amnistie : «Amnistiaren bidean, preso eta iheslariak etxera », sur le chemin de l’amnistie, pour le retour à la maison des prisonniers et des exilés, tel était l’intitulé de la banderole de tête. Le défilé était conduit par quelques ex-preso emblématiques, comme Anton Lopez Ruiz «Kubati», condamné pour avoir tué Yoyes. L’ex-dirigeant d’ETA Josetxo Arrizkuren «Kantauri» a envoyé un message depuis sa prison et l’ancien leader des Gestoras pro-amnistia Juan Maria Olano ont également soutenu la ligne officielle de Sortu et d’ETA.

Arnaldo Otegi a repris ses activités politiques après quelques semaines de repos et multiplie ses interventions. Il a parfaitement compris d’où vient le danger. Pour le leader indépendantiste, «l’Etat utilise les preso pour bloquer le processus indépendantiste». Il «n’a en rien intérêt à ce qu’ETA annonce sa dissolution et préfère la situation de blocage». Certains secteurs de l’Etat «préfèreraient qu’ETA continue à tuer et que demain, il reprenne ses activités».

Les medias espagnols se font un plaisir de monter en épingle les demandes de pardon d’Idoia Lopez Riano, alias «La tigresse», militante d’ETA, membre du commando Madrid et accusée de 23 assassinats dont une douzaine de gardes civils et un membre du GAL. En novembre 2011, Idoia Lopez Riano fut expulsée du collectif EPPK pour avoir accepté la formule de la réinsertion individuelle appelée voie Nanclares (2). Comme par hasard les 13 et 14 avril, les excuses de celle qui achève ses trente ans de prison en 2017, ont envahi les colonnes la presse. Une mise en scène pathétique qui n’a pour but que de l’humilier et d’aiguiser les contradictions dans le camp abertzale. Les Espagnols se réjouissent de ces dissensions qui sont comme le couronnement de la répression exercée depuis des années sur le noyau dur de l’indépendantisme qu’ils veulent briser.

Maintenir la pression, faire taire les opinions dissidentes

Ils ne lachent rien. Le politiquement correct doit s’appliquer partout dans toute sa rigueur. La garde civile comme l’Audiencia nacional font la chasse à ceux qui osent glorifier la lutte armée ou prônent l’usage de la violence, en particulier sur les réseaux sociaux. Le 13 avril, 14 personnes ont été arrêtées. Comme une menace et une petite piqûre de rappel. La loi d’Aznar faite pour interdire une formation politique qui soutiendrait la violence, pèse toujours de tout son poids.

Un magistrat de l’Audiencia nacional, Ricardo de Prada a eu le malheur de déclarer à la mi-avril lors d’une table ronde organisée à Tolosa «qu’il y a eu clairement des tortures» en Espagne, «dans ma vie professionnelle, j’ai fortement soupçonné que les tribunaux n’apportent pas à ces faits une réponse qui soit celle d’un Etat de droit». Mal lui en a pris ! Gros émoi du côté des syndicats de gardes civils et du ministre de l’Intérieur Jorge Fernandez Diaz. Il demande une sanction de la part du Conseil général du Pouvoir judiciaire à l’encontre de ce magistrat.

Le 22 avril, l’Audiencia nacional lance des poursuites à l’encontre de 47 Basques, dont Emilie Martin, Haizpea Abrisketa et plusieurs avocats, ils les accusent d’avoir collaboré avec Euskadi Ta Askatasuna. Six jours plus tars, le sénateur EH Bildu, Iñaki Goioaga est convoqué par la Cour suprême pour ses liens avec ETA. Il lui est reproché en tant qu’avocat d’avoir transmis à des preso les consignes politiques émanant de l’organisation armée et doit verser une caution de 6000 euros. Près de cinq ans après le silence des armes, la maintien de la pression et du statu quo les arrange terriblement.

Dans le cadre d’une tournée européenne où il a rencontré plusieurs participants de la conférence d’Aiete, Arnaldo Otegi était invité au siège du Parlement européen le 26 avril. Il y a rencontré des députés de la Gauche verte nordique (GUE/NGI). Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy a vigoureusement protesté contre la présence du leader basque dans une institution européenne. Vingt-deux députés PP-Ciudadanos et UPyD ont exigé son éviction des locaux de l’assemblée et cela a même donné lieu à une bronca dans l’hémicycle. Ces élus ont rappelé son passé « terroriste » et ont comparé ETA aux Djihadistes, auteurs d’attentats à Bruxelles.

Le blocage auquel est confronté la classe politique espagnole qui ne parvient pas à se mettre d’accord et élire un nouveau gouvernement, ne change guère la donne. Cela conforte peut-être même l’immobilisme, faute d’interlocuteur légitime. Mais n’enlève rien à la nécessité pour la gauche abertzale de sortir de son impasse, de tourner la page au plus tôt. Il est plus difficile de finir une guerre que de la poursuivre.

(1) Voir Enbata n°2305.

(2) Du nom de la prison de Nanclares de Oca située au sud de l’Araba, où se trouvent incarcérés les quelques prisonniers basques qui ont accepté ces conditions.

 

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