Bref mes élèves avaient été arrêtés et la seule personne qui me restait de la petite équipe que je tentais de monter, c'était P..
B. croyait beaucoup à Internet (nous avions d'ailleurs un site pour notre squatt) mais il pensait que ce n'était pas à nous de les faire (les sites). Par contre, il passait des heures (d'ailleurs il le fait toujours) à écrire dans des newsgroup internet d'obscurs messages appelant à la révolte et à l'agitation permanente.
Moi j'y vais pas sur ces newsgroup, à mon avis ils sont tous fous, et en plus ils écrivent mal, mais B., c'est un fan.
Donc il était pas trop perdu par l'arrestation des deux jeunes alors que moi, je marronnais sérieusement.
Là dessus Patrick disparait. 
Je ne le savais pas à l'époque mais de temps en temps il allait passer quelques jours chez ses parents. C'est là qu'il était passé mais moi je me le voyais déjà arrêté, ou parti en clandestinité ou je ne sais quoi encore. Je me dis "bon, s'il revient, je sors avec lui (il m'avait plusieurs fois dit qu'il était amoureux de moi, d'ailleurs, dans ce squatt où j'étais la seule femme, je crois bien que tout le monde l'était - amoureux de moi), comme ça, il ne sera plus tout seul et ne risquera plus de disparaitre quelque part".
En fait, cette décision surpris tout le monde, et en premier lieu ma fille et B.. Le seul qui était pas surpris c'était P.

Total j'avais donc un nouveau petit ami qui s'entendait raisonnablement avec ma fille et nous nous mîmes à travailler d'arrache pied. Tout devait être prêt pour l'an 2000 (nous avions toujours cette conviction qu'il y aurait des troubles sociaux et sur Internet, ça buzzait ferme).

A cette époque je communiquait beaucoup avec ICQ. J'avais des correspondants dans tous les pays du monde et surtout un, un anarchiste assigné en résidence en Australie (je me demande ce qu'il est devenu) avec lequel je chattais beaucoup.

Mais la période de Noel arrivait et il fallait se préparer. Tout le monde parlait du "Bug de l'an 2000" et de toutes les choses qui allaient se passer à ce moment là : les satellites de communication allaient tomber en panne, plus d'électricité, plus d'Internet, plus rien.

Alors on s'est mis à stocker des trucs, notamment des bougies. J'en avais tellement stocké des bougies qu'il m'en restait encore cette année à Noel, 7 ans après. On était complètement fauchés, parce que je venais d'acquérir un nouvel ordinateur pour P. En outre, de manière totalement subite, la CAFnous supprima à tous les deux notre RMI, et refusait de nous dire pourquoi (nous avons fait appel au préfet, et le rmi revint quelques mois plus tard, de manière tout aussi subite et inexpliquée). Donc nous vivotions assez chichement, moi je faisais des travaux de mise en page pour une petite maison d'édition qui avait bien voulu m'embaucher au black. Chaque fois qu'ils me donnaient un peu d'argent, je filais à la superette et j'achetais des bougies. Le soir, je mangeais à la soupe populaire (P. refusait d'y aller) et je ramenais des choses à manger pour ma fille qui, heureusement, était en internat.
Avec ma fille ça ne s'arrangeait pas. Elle ne comprenait absolument pas la manière dont je vivais et passait son temps à me réclamer de l'argent, ou des fringues, ou de nouvelles chaussures ou que sais-je encore. La seule chose qui lui faisait plaisir c'est qu'elle pouvait travailler sur l'ordinateur de P. quand il n'était pas là. Par contre, elle était très mécontente de ne pas avoir un ordinateur à elle dans sa chambre et trouvait anormal que j'ai acheté un ordi pour que Patrick puisse travailler alors qu'elle n'en avait pas. C'était des disputes perpétuelles et des crises de jalousie à n'en plus finir. La seule chose qui nous rapprochait c'était Internet ; je lui avais appris à faire des sites et elle s'était fait une petite page perso et passait des heures sur des forums avec des potes.

Finalement elle finit par aller passer "quelques jours" de vacances chez mon père, et ne revint jamais. Ce salopard était en fait plusieurs fois venu à Bayonne en cachette et avait fait une requète auprès de la Juge des Enfants sous prétexte que j'élevais mal ma fille et d'autres choses encore, et qu'elle serait mieux chez lui. Tout avait été décidé sans moi, ainsi que devait me le confirmer l'avocate que j'engageais aussitôt. Mon père est un pervers sadique notoire et je craignais fort pour ma fille. A l'époque elle allait avoir 15 ans et avait une bonne répartie, mais c'était la première fois qu'elle restait seule avec lui et je craignais le pire. Avec l'avocate, je demandai un rendez vous auprès du juge des enfants, rendez vous qui me fut accordé... en septembre de l'année suivante. C'est d'ailleurs à cette occasion que l'avocate me montra (elle n'avait pas le droit) tout ce que mon père avait dit sur moi au juge : notamment que je me drogais et que je buvais, ce qui est totalement faux, et que je battais ma fille, et que je couchais avec tout le monde.... La juge, sans me consulter, ni moi, ni ma mère, ni mon frère en avait conclus que mon père "présentait toutes les garanties de moralité" et que Sarah serait mieux chez lui.

Bon, j'arrête de parler de mon père parce que j'ai promis à ma mère de ne jamais le faire mais c'est un pervers et je le hais.

Donc, je reviens à mon histoire, l'an 2000 approchait, je n'avais plus de fille, donc tout mon temps pour moi bien que je passasse la plupart de mon temps libre à pleurer et à écrire des lettres à ma fille, au juge des enfants, à mon père, à mon frère etc, lettres que je n'envoyais jamais parce que je les trouvais très décousues.

Je n'ai jamais senti un chagrin aussi grand que lorsque ma fille est partie. Toutes les nuits je croyais l'entendre pleurer dans sa chambre et quand j'arrivai il n'y avait personne. Je téléphonais tous les jours chez mon père et il refusait de me la passer et se moquait de moi. Tous mes amis me disaient de laisser tomber mais moi je vivais dans un océan de douleur. La seule chose qui me maintenait en vie c'était de penser à la révolution qui allait se passer. En outre, j'étais très occupée parce qu'avec P. nous avions décidé d'"occuper l'espace" (après lecture d'un manuel de militance) et nous nous étions inscrit dans plein d'associations et nous prenions des cours de basque aussi. Ca plus la gestion du local et mon travail je n'avais pas le temps de m'ennuyer.

l'hiver 99 notre maire décida de faire du nouvel an une "dernière nuit des fêtes de Bayonne". Cela nous arrangeait et nous décidammes d'ouvrir le local et d'y faire des omelettes et de la soupe à l'ail. On se disait "de toutes façons, à minuit, ça va péter, autant être sur la brèche et prêts à accueillir du monde".

Total vous vous en doutez, il n'y a rien eu ce jour là à minuit. D'ailleurs on le savait depuis 6 heures du soir car mon pote australien (en australie il y a 6 heures de décalage avec nous) m'avait envoyé un mail pour me dire qu'il n'était rien arrivé là bas. Par contre on s'est pelé de froid toute la nuit et le DJ que nous avions embauché pour la soirée nous a cassé la tête avec sa musique de merde, on n'arrivait pas à l'arrêter, il nous mettait du Beni Benassi ou je sais pas trop quoi, moi qui ai horreur de la techno, et on avait beau lui dire d'arrêter il ne voulait pas changer de musique, je m'en rappellerai toute ma vie.

Total le lendemain il n'y avait pas eu de révolution, il me restait des centaines de bougies, et surtout 280 oeufs que j'avais stocké en prévision d'une pénurie.

Qu'est ce qu'on peut bien faire avec 280 oeufs, je vous le demande... Je décidai donc de faire un "grand apéritif de l'an 2000" et d'inviter tous les voisins qui passeraient par là. Ce fut notre premier "apéromelette", mais j'en parlerais une autre fois.
Tag(s) : #vie privée

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