J'étais donc partie à Versailles protester contre le déni de démocratie que constitue l'adoption du  Traité Européen, dit Traité de Lisbonne, qui ressemble comme deux gouttes d'eau à celui que nous avons refusé par Référendum et qu'on appelait "Constitution Européene".

Le périple fut assez long, François n'ayant pas réussi à organiser un bus depuis l'Aquitaine.
J'ai tout d'abord du prendre le train jusqu'à Pau, où il m'a récupérée avec des camarades à lui du PC palois.  Puis, en voiture, nous sommes allés jusqu'à Toulouse (!) où nous attendait un bus affrété par "Attac Toulouse".  D'autres personnes se sont jointes à nous au cours du voyage.
Dans le bus, il y avait des gens d'Attac, quelques Ecolos adeptes de la Décroissance, des membres du PC et quelques personnes Non Encartées comme moi.
Joli mix.

Le voyage fut très sympa bien que fatigant. Que voulez vous, on  n'a plus 20 ans et cela faisait longtemps que je n'avais pas passé la nuit dans un bus. Au début, tout le monde discutait politique, s'échangeait des adresses de sites web ou des publications (C'est là que je découvris que j'avais oublié mon stylo). Parfois, des anecdotes fusaient, souvent à propos du couple présidentiel, ou des socialistes. Je ne disais rien mais je rigolais. François, à côté de qui je m'étais assise, n'arrêtait pas de parler et de bouger mais bientôt les lumières s'éteignirent, et nous pûmes dormir un peu. 

Pous_a_Versailles_057.jpgRéveil à 7 heures du mat, bien ankylosée : nous sommes à 25 km de Versailles, il y a un embouteillage.  Nous mettons deux heures pour faire les 25 km.
Une fois arrivés à Versailles, autre galère : toutes les places de parking à l'intérieur de la ville sont en "stationnement interdit" et nous ne pouvons nous arrêter nulle part. Sur le conseil de quelques autochtones, nous trouvons finalement de la place ... totalement à l'extérieur du Centre Ville. Pratique quand on est à pied...

Deux gars très sympas (de Saint Gaudens... eux aussi ils ont eu de la route) ont cousu des bonnets phrygiens rouges et en distribuent à la ronde. Des jeunes d'Attac Toulouse ont découpé des cocardes tricolores et des bulletins de vote factices.
Tout le monde est très joyeux, il n'est encore que 10 heures du mat mais nous commencerions bien à manifester dès maintenant. Nous nous arrêtons dans un bar pour prendre un café. Cinquantes personnes le patron est débordé mais la serveuse est charmante et tout se passe pour le mieux. Il y a du savon dans les toilettes.

Une fois arrivés près de l'Assemblée Nationale nous sommes ahuris de voir le nombre de cars de police et de CRS qui nous attendent.  A vue de nez, il y a un car par manifestant, ça nous fait bien rigoler. Quelques uns d'entre nous arrrivent à passer entre les cordons de CRS (qui n'ont pas l'air franchement méchants, il faut bien dire) en ayant l'air de rien. Le gros de la troupe est refoulé et nous ne les retrouverons qu'une heure plus tard, car ils ont du faire tout le tour de Versailles pour arriver au Marché aux Fleurs où nous avions rendez vous. 

Nous qui espérions être des milliers nous ne sommes au début qu'une petite centaine.  Victor, l'organisateur du bus, nous rassure : il y avait 500 inscrits sur le site de la manif, nous serons au moins ça.

Pous_a_Versailles_010.jpgSur le coup de midi, nous sommes un peu plus nombreux. Un stand de la confédération Paysanne est installé qui vend des sandwichs. Un peu plus loin, on vend de la soupe. Malin, un commerçant ambulant vient se mettre tout près de nous. Je me demande encore comment il a fait pour passer les barrages de police, celui-là.
Dans mon groupe, nous avons tous emmenés des casses croutes. Je goûte du pâté de chèvre biologique - que j'ai d'ailleurs pas trouvé très bon - et je bois quelques bonnes rasades de Gaillac, tout pour mettre la joie au coeur.
On rigole beaucoup. Il paraît qu'un peu plus loin, il y a des frontistes (qui d'ailleurs ne se nomment plus frontistes, mais souverainistes, ça fait plus chic) et qu'ils veulent en découdre avec nous. En tout cas, ils veulent peut-être en découdre mais ils ne s'approchent pas. 

Je trouve ça stupide, au moment où la démocratie est en danger, de vouloir se battre entre partisans du "non". J'essaie de faire un tour jusqu'aux frontistes : ils ne sont qu'une dizaine, l'un d'eux me lance une pierre qui ne m'atteind pas, je n'insiste pas, et je retourne à mon pique nique, entre gens de bonne compagnie... "Et paix sur la Terre aux Hommes de bonne  volonté" pour paraphraser le dirigeant du Vatican...

pous-a-versaille-ter.jpgNous commençons à manger. Une sono est installée et un chanteur "à trémolo" se met à nous chanter des chansons révolutionnaires.  François, les deux gars de Saint Gaudens et moi faisons tous du chant : nous essayons de suivre les chansons, que nous connaissons, mais nous n'apprécions pas du tout l'interprétation. Comme disait un pote : "on aurait voulu nous faire passer pour des ringards, on aurait pas choisi un autre chanteur". De l'avis général, ça fait 100 ans qu'on ne chante plus comme ça. Pourtant, dans la foule, quelques personnes fredonnent d'un air recueilli. En tout cas, les paroles des chansons sont énergiques et de bonne facture.

Vers une heure, il se met à pleuvoir, beaucoup s'égaillent dans les cafés environnants.
Il parait qu'il y a une conférence de Presse dans un bar pas loin, avec des pointures : José Bové,  Olivier Besancenot,  Jean Pierre Chevènement (note de quelques jours plus tard : et bien non, c'était pas chevènement mais Mélenchon, comme me le faisait remarquer Dominique dans un courrier ) et d'autres, je ne me rappelle plus les noms.
François et moi décidons d'y aller pour prendre des photos, le lieu est à 500 mètres. Malheureusement le bar est plein à craquer, il n'y a pas de sono, et même en montant sur des chaises, on ne voit absolument rien. En plus le patron est visiblement énervé par notre présence. quelques clients attablés tirent carrément la geule, ils ont tous l'air d'avoir "un certain niveau" encore qu'un niveau de quoi, on se demande, en tout cas, quand on les voit, ça respire le pognon. Normal, on est à Versailles.
Quant à la teneur de la Conférence de Presse, mystère : j'ai eu beau éplucher la presse le lendemain matin, personne n'en parlait, et dans le bar, on entendait rien. 

Nous retournons au rassemblement.

Il me semble que nous sommes un peu moins nombreux, un bon millier, peut-être, mais pas plus : la pluie a du en décourager certains. Moi je suis bien couverte et ne souffre pas du froid.
Certains se gèlent surtout qu'à Paris il fait plus froid que dans notre Sud Ouest d'origine.
Nous attendons 14 heures pour nous mettre en branle. 

Parenthèse :
Il faut dire que, dès la descente du bus, mon appareil photo est tombé en panne. Panne définitive semble-t-il, cela fait plus de trois ans que je l'ai et il a fait des milliers de photos. Dommage. Heureusement, j'ai mon téléphone, et j'essaie de faire quelques vues avec ça. Il faudra que je revienne à la maison pour découvrir qu'il n'y a pas moyen de le brancher sur mon ordinateur : il n'y a aucune possibilité de connectique, ceux qui me demandent les photos attendront quelques jours que j'achète un lecteur de cartes. Les photos que je vais mettre dans cet article seront tirées d'autres blogs et sites dont je mettrais les coordonnées en bas de page.
Pous_a_Versailles_005.jpg

Autre parenthèse : j'ai lu dans la presse que nous n'étions que 500 (le Parisien) voire 100 (Rue 89 et Libération). Il faudrait bien que ces messieurs des Journaux apprennent à compter : de l'avis général nous étions entre 1000 et 1500 au départ de la manif. Ceci dit, c'était très décevant pour nous : nous espérions tellement être plus nombreux !
Mais enfin ce n'est pas la peine d'en rajouter et de nous décrire encore moins nombreux que nous n'étions. 
Quant au reste de la Presse (télés, journaux etc) ils ne se sont même pas déplacés.  Bonjour l'information !
Par contre, il y avait une ou deux radios libres et une télé internet "Alternatif TV" (pardon les gars des radios, j'ai oublié les noms, ça m'apprendra à être sans stylo).

Enfin il est deux heures, l'heure du défilé.

Tout le monde s'élance en entonnant des chansons, à une allure beaucoup trop rapide selon moi : ça, on voyait bien que c'était pas une manif CGT (les manifs CGT, tout le monde traine des pieds, et ils ont une technique spéciale pour faire durer le défilé et faire croire qu'on est plus nombreux). 
Il y a beaucoup de drapeaux d'ATTAC et du PC, ainsi que de nombreuses pancartes faites "maison". Moi j'avais prévu d'ammener un drapeau basque mais je l'ai oublié dans le train (dommage, il était en coton, il va falloir que j'en rachète un et on en trouve plus que des synthétiques maintenant).
François , qui a apporté un drapeau du Che où il est écrit (en espagnol) : "le devoir d'un révolutionnaire est de faire la révolution" me dit
- "tu me tiens mon drapeau 5 mn s'il te plait, je vais me rouler une clope"
et disparait aussitôt.

Pous---Versailles-050.jpg Alors j'ai arboré son drapeau durant toute la manif, et j'ai eu un succès fou, tout le monde le regardait et voulait le prendre en photo et on m'a demandé deux fois où je l'avais acheté (!).

Bon évidemment une fois arrivés devant l'Assemblée Nationale, un important barrage policier nous attendait.


Ils étaient (les CRS ) tellement nombreux que nous avions l'air ridicule. Nous commençons néanmoins à entonner des slogans  ("nous voulons la démocratie", "nous voulons un référendum" etc) et tentons de les convaincre de nous laisser passer (même moi j'ai hurlé "CRS, avec nous" ce qui ne m'était jamais arrivé avant).
Par contre, ils nous filment (les CRS) ce qui ne me plait pas beaucoup.
Nous crions jusqu'à l'extinction de voix des slogans sans cesse renouvelés.
Un camion arrive avec une sono et quelques jeunes se mettent à danser.
Tout à coup, un gars (un fou furieux selon moi) essaye de passer la double rangée de barrières mise en place par les policiers.
Les CRS se précipitent et l'empêchent de passer.
Mais il remet ça et les CRS s'en débarrassent en lui mettant un coup de gaz lacrymogène. J'étais juste devant, et c'est pas très agréable. Et avec mon drapeau j'avais perdu mes mouchoirs. Tout le monde a pressé le pas en arrière. Par contre moi qui avait des problèmes de sinus, les gaz, ça m'a bien dégagé le nez.
Comme quoi, à quelque chose près, malheur est bon. 

Par contre dès les gaz lacrymogènes lancés, la moitié de la manif se disperse.
D'ailleurs, en plus de la double rangée de barrière, les CRS ont maintenant mis en place - entre nous et l'Assemblée Nationale, donc - d'énormes grilles, puis une rangée de camions collés les uns aux autres : il est totalement illusoire de penser que nous pourrions ne serait-ce que tenter de passer.

En arrière de la manif, une sono est montée et des hommes politiques (les mêmes qu'à la conférence de Presse moins Chevènement) commencent des discours.  Ensuite il y a de la musique, un peu mieux qu'à midi. Certains dansent.
Pous_a_Versailles_021-a8af6.jpg

Vers quatre heures, quelques députés (on les reconnait à leurs écharpes bleu blanc rouge ) passent parmi nous et nous disent qu'ils vont voter non. Ils sont très applaudis.
L'un d'eux me remet une brochure qu'il a écrite (j'en parlerai une autre fois).

Voilà c'est la fin de la manif, finalement c'était loin d'être le grand soir, il nous reste encore à attendre le bus (qui vient nous chercher à 7 heures). Le camion sono vend de la boisson et nous prenons un verre avec eux. François a récupéré son drapeau et danse avec les jeunes d'une manière effrénée. Je monte dans le bus avec un des gars de Saint Gaudens.


Nous passons toute la nuit à discuter.  C'est drôle, nous faisons tous les deux de la méditation Zen, et sommes en train de lire le même livre. En outre, il fait du chant, comme moi. Lui aussi se sent seul  à la différence de moi qu'il habite un petit village et qu'il a une famille, ce qui doit bien aider contre la solitude. A l'arrivée à Toulouse, nous échangeons nos adresses.

Ensuite, et ben, retour sur Pau en voiture, tout le monde est crevé, puis retour sur Bayonne en train, où j'ai vu un magnifique lever de soleil. 

Une fois arrivée à la maison je croyais que je n'allais jamais réussir à m'endormir mais à peine la tête sur l'oreiller je dors jusqu'à 7 heures du soir.

Le soir je vais faire un tour dans le bar où je vais d'habitude le matin et là c'est horrible, tout le monde est bourré et crie ou raconte n'importe quoi, ça me met de très mauvaise humeur, je dis à un type "pourquoi tu bois pas un peu plus comme ça tu créveras plus vite, ça me fera pas pleurer" et en retour il se met à m'insulter et me dit de me casser de là qu'il ne veut pas me voir. Je lui dit "mon pote, si tu veux pas me voir, c'est très simple, t'as qu'à fermer les yeux" et je ne bouge pas.

Une fois qu'il est parti je me sens très déprimée. J'essaie d'appeler mon ami Michel Dalmaso  mais il ne répond pas au téléphone. J'essaie d'appeler R. mais il est en HP et peut à peine parler, assommé par les neuroleptiques.  Je consulte frénétiquement mon téléphone mais à part ces deux là je ne vois personne à qui j'aurais envie de parler à ce moment là.  Pourtant j'en ai des gens sur mon téléphone...

Finalement je décide de rentrer à la maison.  Le lendemain je suis encore plus déprimée, c'est pour ça que j'avais pas fait mon article avant.


D'autres blogs et sites qui en parlent  ( de la manif contre l'adoption du Traité de Lisbonne ) : 

(si vous en parlez aussi, laissez moi un com, je vous rajouterai):
(et  pour les photos le site du PC d'Orléans )
http://guyom.over-blog.fr

http://circe45.over-blog.com/

et spécial thanks to Dominique
Tag(s) : #démocratie

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