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CONSOMMATION. --La Répression des fraudes enquête sur les pratiques de quatre groupes de producteurs. Au départ : les déclarations d'un grossiste du Sud-Ouest

Prix du poulet : le client plumé
:Dominique Richard



Grandes surfaces. Elles commercialisent 80 % des volailles consommées en France
photo Alexandre sioch'an de kersabiec
Le constat ne fait plus guère débat. La persistance en France de pratiques anticoncurrentielles dans nombre de secteurs d'activité n'est pas étrangère au recul du pouvoir d'achat des consommateurs. Depuis 2005, le Conseil de la concurrence a épinglé pour entente sur les prix une cinquantaine de cartels. D'ici à quelques mois, les poids lourds du poulet pourraient venir étoffer cette liste. LDC (Poulet de Loué, Le Gaulois), Doux (Père Dodu), Gastronome (Poulets du Gers) et Arrivé (Poulets de Saint-Sever), les quatre groupes qui dominent le marché de la volaille, sont dans le viseur des limiers de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. (DGCCRF).
En décembre dernier, les agents de la direction nationale et des brigades interrégionales, dont celle de Bordeaux, ont saisi de nombreux documents. Dans les locaux de ces groupes ou de leurs filiales. Mais aussi dans ceux de trois organisations professionnelles et au siège des enseignes Auchan et Carrefour. Actuellement en cours d'examen, ces pièces, si elles sont jugées probantes, entraîneront la saisine du Conseil de la concurrence. Ce dernier peut prononcer des amendes pouvant aller jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires de chaque entreprise concernée.


Dénonciations. Les agents de la DGCCRF ne sont semble-t-il pas parvenus à mettre en évidence une véritable organisation entre les principaux opérateurs. Mais ils ont recueilli un certain nombre d'indices. Le plus probant concerne les déclarations spontanées effectuées, fin 2006, par un grossiste du Sud-Ouest spécialisé dans l'emballage et l'étiquetage de la volaille. Selon cet intermédiaire, il existe depuis des années des prix planchers au kilo qui s'appliquent aux « produits à caractère médiatique et à volumes importants que l'on retrouve sur les prospectus publicitaires de la grande distribution ».
Le grossiste, qui dit avoir été menacé d'une rupture d'approvisionnement par le Groupe Doux et les Fermiers landais en cas de refus de suivre ces consignes tarifaires, a transmis aux agents de la DGCCRF différentes grilles de prix émanant de trois sociétés, dont deux landaises : Sovol à Pontonx et Fermiers landais à Saint-Sever. Fin 2006, au moment des fêtes, les volailles de ces professionnels étaient proposées au même prix par Leclerc, Carrefour et Champion. 3,15 ? la dinde standard, 8,59 le chapon fermier et la dinde fermière.


« Police des prix ». Des relevés effectués quelques mois plus tard dans le nord, l'ouest et le centre de la France ont abouti à des constatations similaires. Cette fois-ci, c'est le poulet de Loué, l'étendard du groupe LDC, qui s'affichait partout à 4,49 ? le kilo. « La Fédération interprofessionnelle des éleveurs de volaille définit des prix de vente minima pour tous les produits de volaille au kilo, y compris la découpe », souligne le responsable du rayon boucherie d'un Auchan de l'agglomération bordelaise.
Observation pour partie confirmée par son collègue du Poinconnet, dans l'Indre : « Pour les produits Label rouge, nous appliquons les prix de vente conseillés par informatique. » Auchan a d'ailleurs mis au point un logiciel interne de façon que chaque magasin ne franchisse pas ces minima.


Pressions. Les enquêteurs de la DGCCRF ont la conviction qu'il existe une police clandestine des prix à laquelle ne seraient pas étrangers certains syndicalistes agricoles de la FNSEA. Ils en veulent pour preuve ce qui s'est passé au début de 2007 au Carrefour d'Auch, où des magrets jugés trop bon marché par des producteurs en colère ont été retirés de la vente « Ils m'ont dit qu'ils avaient négocié au niveau syndical ou interprofessionnel un prix plancher », a confié le responsable du magasin aux contrôleurs.
« Nous sommes tenus de respecter ces consignes », avoue pour sa part un responsable d'Auchan-Lac à Bordeaux, « car nous sommes menacés soit de rupture de livraison soit d'interventions collectives dans les magasins, notamment à Périgueux et Angoulême. » Pourquoi la grande distribution, qui impose d'ordinaire des rapports de forces à ses fournisseurs, s'en accommode-t-elle ? Selon le grossiste dont les dénonciations sont à l'origine de l'enquête, chaque enseigne profiterait de ce verrouillage « pour faire une marge plus importante », n'ayant pas à se soucier du tarif affiché par ses concurrents.
Informés depuis plusieurs mois des griefs retenus par les autorités de la concurrence, les majors du poulet refusent de s'expliquer. « Nous sommes beaucoup plus préoccupés par la rentabilité de la filière et la diminution de la production en France à cause des importations de volailles du Brésil et de Thaïlande », martèle Alain Mélot, le président de la Fédération des industries avicoles.
Les propos cités dans cet article sont extraits de l'ordonnance rendue par le tribunal de grande instance de Paris qui autorise les opérations de la DGCCRF.
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