La Justice réserve son verdict : l'Histoire, elle, a déjà tranché

avatar Ramuntxo Garbisu - publiée 30/01/2009 | eitb.com |
Le Tribunal rendra son verdict le 26 mars, après une audience de 9 heures qui aura permis d'évoquer la plupart des questions sociales et économiques débattues dans la société basque... et saluée ouvertement par le Ministère Public pour leur "légitimité".

EHLG Michel Berhocoirigoin

Michel Berhocoirigoin au Tribunal de Bayonne. Document Eitb.com

Rares ont dû être de telles sessions juridiques de 9 heures au Tribunal de Bayonne (Pays Basque nord).

La Juge a remis sa sentence au 26 mars prochain : elle aura sans doute quitté la salle d'audience du Tribunal de Bayonne avec ce sentiment de devoir arbitrer indirectement les rapports tendus entre la liberté de revendiquer un projet de société différent, ici, au Pays Basque, et un modèle national largement pris en défaut durant toute la journée.

Car, comme pressenti, ce procès qui devait porter sur le nom de l'association s'est révélé être celui du "non". Ou plutôt celui des "non".

Ce "non", porté par Euskal Herriko Laborantza Ganbara, soutenu par une majorité d'élus et de paysans du Pays Basque, fait désormais l'objet de bien des regards à l'échelle nationale : admiratifs à la Confédération Paysanne, encourageants dans toutes les sphères scientifiques, politiques, syndicales et sociales.

Et ce mouvement n'aura nul besoin de décliner son identité, en basque ou en français, pour convaincre, tant il porte une universalité que le Ministère Public aura eu la sincérité de saluer, jusqu'à son engagement fondamentalement non-violent.

Et puis, ce "non", administratif, institutionnel, étatique, que le Parquet aura eu bien de la peine à légitimer. L'enquête de police n'aura pas permis d'établir la moindre trace d'infraction délibérée de EHLG : elle se sera simplement fatiguée à reconstituer le fatras habituel desprésomptions de complots politiques qu'elle "copie/colle" sur chaque structure de réflexion du Pays Basque.

Qualifié "d'harcèlement préfectoral anti-constitutionnel " dans une plaidoirie d'une rare intensité, ce "non" de l'autorité légitime n'aura jamais réussi à se nourrir de consistance juridique, se retournant dès lors régulièrement contre ses promoteurs.

Pas de confusion possible sur ce point : EHLG est bien à considérer comme une "spécificité" pour l'Etat français.

Du Corps Préfectoral aux Services des Impôts, nul n'aura ménagé ses forces pour lui réserver un traitement "spécifique" : procès intentés contre toute dotation publique, qu'elle vienne d'une commune ou de la région Aquitaine, allant même jusqu'à interdire son droit à recevoir ne serait-ce qu' un don, qui peut effectivement se targuer d'autant "d'attention" de l'Etat ?


Aucun élément juridique de "confusion" constaté

Les témoins cités par EHLG ne sont pas venus "crâner" effrontément devant le Tribunal : avec conviction, ils sont venus défendre l'impossibilité de confondre les deux modèles de développement agricole. Sans demander qu'une conception chasse l'autre, mais en exigeant, au titre de la liberté d'expression, que celle qu'ils défendent puisse continuer de vivre.

Les avocats mandatés par la Chambre d'Agriculture des Pyrénées Atlantiques (palliant à l'absence très remarquée de ses représentants) n'auront pas réussi à présenter le moindre paysan ou élu,  venu, la main droite levée devant la Juge, expliquer que cette confusion existait concrètement.

Sans témoins, sans preuves d'infraction délibérée, ils auront choisi de demander des comptes à l'euskera, la langue basque, lui donnant pour la première fois une place d'accusée dans le système juridique français, qui ne lui reconnait habituellement aucune valeur de droit.

Les avocats, mais également le Parquet, auront également choisi de faire comparaître à la barre les médias du Pays Basque nord qui, dans quelques articles, auront entremêlé les mots EHLG et "Chambre d'Agriculture du Pays Basque" : une pratique de nature à semer "le trouble et la confusion auprès du public" pour le Parquet.

Un réquisitoire ancien, fâné, une nouvelle fois peu à l'avantage de ces contestataires de la liberté rédactionnelle, face à une aspiration locale que personne n'aura pu juger "marginale" et dont la presse locale s'en sera fait l'écho.

Comme elle relaie régulièrement ce refus des citoyens, basques ou non, face aux logiques productivistes que l'Union Européenne ne cesse de reprocher à l'Etat Français, et de condamner lourdement.


Une revendication jugée "légitime" par le Ministère Public

La Juge aura donc bien à défendre le principe du droit, à extirper de toute cette opposition, réelle, sur ces "non", sur cette impossibilité de dialogue qui ne se nourrira pas d'un ajournement du procès.

Demandé par le Parlement public, EHLG serait sommé de tisser de "nouvelles perspectives pour son nom" et de travailler "dans une volonté d'harmonie" avec l'institution officielle de la Chambre d'Agriculture de Pau.

La défense d'EHLG a alors avancé un nouveau "non", réclamant la relaxe pure et simple, nourris par l'impossibilité officielle et assumée du Ministère Public d'emprisonner ou d'atteindre à cette logique universelle d'une autre conception de l'agriculture.

Michel Berhocoirigoin et ses avocat auront choisi de se situer sur ce chemin qu'emprunte avec difficulté et mauvaise volonté l'Etat français, celui de l'Histoire, qui a déjà donné raison à Euskal Herriko Laborantza Ganbara : en considèrant que son avenir et son salut passe effectivement par cette réflexion sur notre planète, le Ministère Public aura inscrit ce jeudi 29 janvier 2009 comme un jour décisif.

Renforcé dans la pertinence de sa réflexion - saluée dans ce Tribunal et, malgré l'heure tardive au moment de la clôtutre de l'audience, déja portée aux quatre vents par tous ses témoins impressionnés -, le Pays Basque se réveille ce matin avec la certitude que demain ne ressemblera plus jamais à hier.


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