Je reprends mon récit de la semaine dernière, il faut dire que mon ami JB (qui préfère que je l'appelle Batitta pour on ne sait quelle sombre raison), m'a bousillé mon ordi en y installant plein de virus. Donc je suis de retour au Cyber.

Donc, mini rassemblement devant mon bureau, et P au milieu ... Je m'approche et je dis : "kessispass ?"
Il me répond : "X et Y se sont fait arrêter (je vais les appeler comme ça car depuis le temps je ne me rappelle plus leurs noms) parce qu'ils essayaient de cambrioler un garage à Hendaye,pour récupérer la machine à faire les plaques d'immatriculation. Nous protestons contre leur arrestation, veux tu venir avec nous à la manif ?" .
Moi je réponds : "non, j'ai d'autres trucs à faire mais veux tu venir manger à la maison ce soir ?" ,  et je rentre dans mon petit local avec gros sur le coeur.

D'abord j'en avais gros sur le coeur que mes élèves se soient fait attraper et risquent des années de prison pour rien, ou du moins pas grand chose. J'en voulais donc à la police.
Ensuite, j'en voulais à ETA d'envoyer des jeunes si doués au casse pipe, comme ça, pour rien, alors qu'il est si facile de faire de bonnes imitations de plaques d'immatriculation simplement avec un rodhoid et une bombe de peinture blanche (je sais de quoi je parle, après la perte - accidentelle - de ma plaque arrière, j'ai fonctionné pendant des années avec une plaque de mon cru).
Ensuite j'en voulais aux jeunes de n'avoir pas été sincères avec moi, et de ne pas m'avoir dit ce qu'ils recherchaient, et de m'avoir mise de coté sans pouvoir seulement les guider.
Pour moi, c'était mes élèves, et je me sentais dépossédée.

Le soir après mon travail je rentre à la maison et je retrouve B.; qui avait silloné la ville toute la journée en tant que "agitateur". Je fais à manger mais P. ne vient pas.
Au bout d'un moment, alors que nous étions tranquilles dans ma salle de séjour à écouter de la musique, je dis à B. : "écoute, je file voir chez P. lui apporter un morceau de quiche, il a du oublier notre rendez vous et il n'aura rien à manger chez lui" (j'avais cuit une quiche).

Donc je me pointe dans la rue Pannecau avec mon morceau de quiche... Je sonne à l'interphone en disant : "c'est moi" et Patrick m'ouvre la porte.
J'arrive chez lui, il faisait une tête épouvantable.

Je lui dit : "P. tu as oublié notre rendez vous et tu n'es pas venu manger, je t'ai apporté quelque chose. ". Puis, comme je voyais qu'il refusait de manger et avait l'air vraiment angoissé j'essaye de le cuisiner un peu.
Il me dit  :  "tu sais que X et Y se sont fait arrêter, maintenant, ça va être à mon tour de partir en clandestinité et honnêtement, j'ai peur".

Ce dont il avait le plus peur, alors qu'il n'avait encore rien fait, était d'être livré à la police espagnole qui, comme les journaux ne le disent pas (du moins pas les journaux français ni espagnols)  pratique la torture de manière courante.
Je savais pas quoi dire, et j'essayais de désamorcer la situation.
Je lui dis : "de quoi as tu le plus peur ?".
Il me répond : "il paraît que la police espagnole torture les militants en leur mettant un bandeau sur les yeux, et l'idée de me retrouver sans rien y voir, ça me terrorise"

Bon, allez, je continuerai demain à vous raconter l'histoire. Je me rends compte maintenant que si je l'avais inventée, personne ne m'aurait cru.
Tag(s) : #vie privée

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